En 1970, il y en avait entre 65 000 et 70 000. En 1980, en restait plus que 15 000. En 1990, ce chiffre est passé à environ 3 000 pour finalement atteindre 2500 individus en 1995. S’il était déjà considéré comme en danger il y a 25 ans, , le rhinocéros noir est classé à l’heure actuelle au rang d’espèce en danger critique d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature.

Aujourd’hui, nous recevons Koumba, un représentant de ce groupe de grands mammifères terrestres. Il nous fera part de son vécu ainsi que des menaces qui pèsent sur sa communauté. Disons bonjour à Koumba un rhinocéros noir au gros cœur et à l’humour facile.


Bonjour M. Koumba ! Nous allons commencer cette interview par votre présentation : Qui  êtes-vous ?

Mon nom est Koumba qui veut dire « enfant de sagesse » dans ma langue maternelle. Je le tiens de mon arrière grand père qui à l’époque était apprécié pour sa grande sagesse. Je suis un rhinocéros noir mâle né vers les années 2000… Côté physique, j’ai de petites jambes courtes et un corps massif et robuste de près de 1200 kilos. Mon grand gabarit fait de moi le plus gros mammifère sur terre ferme, après l’éléphant. Je suis myope : je vois flou au delà de 20 mètres et malheureusement chez nous, il n’y a pas de verres correcteurs. Néanmoins, mon ouïe et mon odorat sont très développé. Je suis capable de vous sentir à des kilomètres tel un loup.

J’ai une femme et un fils : Koumba Junior. Ce dernier vient de fêter 1 an. C’est un jeune garçon très serviable. Un jour, il n’a pas hésité à braver la chaleur intense pour trouver des herbes médicinales pour sa mère qui était très malade.

On vit actuellement dans le parc National Kruger d’Afrique du Sud. Je suis de nature assez timide et personnellement, j’évite au maximum la compagnie des étrangers plus particulièrement des hommes. Je dispose enfin de deux cornes, l’une moins longue que l’autre, qui me permettent à tout moment de me défendre lorsque je me sens menacé.

Parlons justement de votre corne. Celle-ci est objet de désirs et de convoitises. 1 kg de poudre de votre corne vaut près de 27 500 000 fcfa ( environ 50 000 $ US)  sur le marché. Qu’avez-vous pensé lorsque vous avez appris pour la première fois cette nouvelle ?

D’abord, je tiens à préciser que n’ai pas une vraie corne. Il faut dire que les vraies cornes poussent à partir du crâne comme chez la vache ou le buffle. Pour info, ma corne n’est en réalité faite que de kératine, un peu comme vos poils, vos cheveux ou encore vos ongles.

Concernant le prix de ma corne, j’aurais appris que le prix élevé serait dû à ses supposées vertus aphrodisiaques et qu’elle permettrait aux hommes en perte de vitesse, de mieux faire l’amour et plus longtemps. Mais à dire vrai ceci est n’est rien d’autre qu’une rumeur sans fondement scientifique…

Rhinoceros et son petitLa femme de Koumba et son fils

Ah bon ! Mais ce n’est pas ce que nous montre cette vidéo. Voici un de vos congénères à qui le mot vigueur n’a de sens que ces actes. Qu’en dîtes vous ?

Accouplement d’un couple de rhinocéros dans les savanes sud africaines

Allons, allons… Même si c’est vrai que mon accouplement peut durer plus d’une demi-heure, ce n’est pas à cause de la corne. Ce n’est qu’une affaire d’endurance. En plus, laisser moi vous faire une confidence, j’aurai mieux fait que lui, bien mieux je vous le dis.

Très drôle M. Koumba !
Quand on vous voit, vous semblez obèse. Un problème de régime peut-être?

Pas du tout. Je ne prends pas de cholestérol. Je suis un mammifère herbivore. Je varie mon alimentation en fonction de ce que m’offre la nature. Je peux prendre des feuilles, des herbes, des branchages ou des fruits. C’est grâce à cette alimentation que j’ai une masse musculaire impressionnante et qu’au sein de mon espèce, les individus peuvent peser jusqu’à 3 tonnes. Je tiens aussi à ajouter que je suis très bon sportif : je peux banalement dépasser les 50 km/h à la course. Je suis d’ailleurs surnommé « Rhino Bolt »par ma communauté.

Comment va votre grande famille ?

Actuellement, notre arbre généalogique risque de perdre ses fruits. Mon cousin, le rhinocéros blanc est quasi-menacé, moi-même, je suis en danger critique d’extinction. Entre danger critique d’extinction et l’extinction proprement dite, il n’y a qu’un pas que j’espère ne pas franchir.

Le frère indien, quant à lui est classé espèce vulnérable. Les grands autres cousins d’Afrique de l’ouest n’ont pas eu beaucoup de chance. Ils ont été définitivement éteints. Je suis très inquiet parce que les chasseurs de cornes veulent notre peau. J’ai failli me faire choper par surprise dans le parc, une nuit d’été en 2012. Mais, malheureusement ou heureusement, ils ont eu mon beau-frère (paix à son âme). Je m’en souviens encore, comme si c’était hier. Les braconniers armés de machettes et de fusils ont mené une mission d’extermination. Ils l’ont abattu sous mes yeux, l’ont torturé et atrocement mutilé…

Toutes mes condoléances M. Koumba. Et si on parlait de votre plus grand rêve ?

Mon plus grand rêve est de vivre jusqu’à 35 ans avec ma corne bien en place. Je rêve également de voir mon fils grandir et que notre espèce ne disparaisse pas de sitôt. Mais, quand vous savez que votre corne est un aimant à braconnier, votre futur importe assez peu. Vous êtes obligé de vivre au jour le jour.

On dit que les rhinocéros adorent la boue bien fraîche.  Le confirmez-vous ?

C’est vrai. Tous les rhinocéros aiment la boue, moi le premier. Elle me permet de ne pas bronzer au soleil. La boue adoucit ma peau et éloigne de moi les insectes. C’est ma plus grande protection et je vous la conseillerais aussi. Peut-être que cela sera un remède contre le paludisme qui ravage énormément chez vous autres, les humains.

Rhinoceros-bain-boueRhinocéros prenant un bain de boue

Ahahaha! Ne vous inquiétez pas! Nous mettrons nos meilleurs chercheurs sur le coup.
Nous voilà à la fin de l’entretien quelle sera votre mot de fin ?

Je n’ai pas un mot de fin, mais un message.
Je vais peut-être dans 50 ans n’être plus qu’une image que vos enfants verront dans les livres. Mais j’avoue qu’il y a plusieurs militants qui se battent à travers le monde pour que cela n’arrive pas. Néanmoins, je pense que ce combat doit être encore plus renforcée avec la coopération des états asiatiques qui doivent sensibiliser leurs populations. Les gouvernements africains doivent nous protéger. Les rhinocéros font partis du « big five », ce groupe de 5 animaux qui compte aussi: le lion, l’éléphant, le léopard et le buffle. Lorsque nous attirons les touristes, ils trinquent, mais lorsque nos cornes sont coupées, ils les brûlent et c’est tout. Nous réclamons une meilleure protection dans les parcs nationaux africains et du monde.