Environ 195 dirigeants du monde entier se sont réunis du 30 novembre au 12 décembre 2015 à Paris dans l’espoir de trouver un accord qui permettrait de lutter contre le changement climatique. Un défi de taille lors d’un sommet que beaucoup : médias, écologistes, climatologues gonflés à l’air chaud en cette année 2015, appelaient « sommet de la dernière chance ». Attendue, annoncée, on a vécue la COP21. Que retenir?

Ce qu’est l’accord de Paris

«La COP21 est un marqueur pour les générations futures, il a montré un autre visage, celui d’une prise de conscience généralisée, d’un élan positif impulsé dès le premier jour par les chefs d’états et de gouvernements, par une attention soutenue de la société civile, par une dynamique construite depuis les COP de Durban et Lima, et par un engagement sans faille de l’équipe France » (Phrase de Yann Arthus-Bertrand tiré de l’article La COP21, un marqueur pour les générations futures – Goodplanet.info)

L’accord de Paris est un accord historique pour les raisons suivantes

  • Pour la première fois, un accord international a été adopté par tous les représentants de 195 Etats et l’Union européenne. Alors même que ces Etats sont parfois en guerre ou confrontés à des crises économiques et écologiques importantes, ils ont tous permis l’adoption de cet accord;
  • Toutes ces Parties confirment la nécessité de fixer un seuil à ne pas dépasser pour que l’élévation de la température moyenne à la surface du globe ne produise pas des effets irréversibles qui seraient de nature à compromettre la survie de l’humanité;
  • L’Accord de Paris n’est pas une pétition de principe ou un vœu ou encore une énième comme la COP 15 à Copenhague l’a été. Il s’agit d’un véritable accord international qui définit, certes de manière plus ou moins précise, les engagements pris par l’ensemble des Etats qui le ratifieront;
  • L’objectif de l’Accord de Paris de contenir l’élévation de la température moyenne de la planète. L’article 2 précise : « Contenant l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et en poursuivant l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, étant entendu que cela réduirait sensiblement les risques et les effets des changements climatiques;« 
  • Le préambule de l’Accord entérine la notion de « justice climatique » : « Notant qu’il importe de veiller à l’intégrité de tous les écosystèmes, y compris les océans, et à la protection de la biodiversité, reconnue par certaines cultures comme la Terre nourricière, et notant l’importance pour certaines de la notion de « justice climatique », dans l’action menée face aux changements climatiques ».
  • L’effet cliquet des CPDN. L’article 4 de l’Accord dispose : « La contribution déterminée au niveau national suivante de chaque Partie représentera une progression par rapport à la contribution déterminée au niveau national antérieure et correspondra à son niveau d’ambition le plus élevé possible, compte tenu de ses responsabilités communes mais différenciées et de ses capacités respectives, eu égard aux contextes nationaux différents. »
  • L’importance accordée à « l’éducation, la formation, la sensibilisation, la participation du public et l’accès de la population à l’information dans le domaine des changements climatiques » (article 12 de l’Accord).

Le compte n’est pas bon

Le miracle climatique n’existe pas

Du point de vue scientifique, cet accord est sans doute insuffisant à lui seul pour permettre de réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Personne ne peut sérieusement soutenir que la rédaction de cet accord répond à elle seule au plus grand défi de ce siècle. Personne ne peut non plus sérieusement soutenir avoir un projet alternatif à cet accord pour engager la communauté internationale.

Un accord contraignant : La mission tout simplement impossible

Cette fois-ci encore un accord contraignant n’a pas été trouvé. Du point de vue juridique, l’Accord de Paris n’est pas juridiquement contraignant au sens où il ne définit pas d’obligations susceptibles de faire l’objet de sanctions administratives ou judiciaires. A défaut, il  comporte de nombreuses obligations juridiques de résultats, mentionnées dans le texte par les « shall » [doit], ou de moyens (« should » [devrait]).

Il n’est pas non plus certain qu’il puisse être invoqué devant un juge national pour en obtenir le respect effectif par un état. Toutefois, il met en place un certain nombre d’instruments pour assurer la « transparence » des engagements pris par les états. En d’autres termes : il créé un risque de réputation. Un risque non négligeable qui a conduit, en 2015, la quasi-totalité des états à publier leurs CPDN (engagements nationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre). A la suite de l’échec de la COP 15 de Copenhague, la logique des négociations a été inversée, particulièrement lors de la COP de Durban. D’une logique « haut vers le bas », les négociations sont passées à une logique « bas vers le haut ». Il ne s’agit plus de tenter d’imposer des contraintes aux états et de leur demander des transferts de souveraineté mais de les engager à agir.

Les interrogations

Combien coûte le carbone ?

Le prix du carbone est le grand oublié de la COP 21. Dans le texte de Paris, seul l’alinéa 137 reconnaît « combien il importe de fournir des incitations aux activités de réduction des émissions, s’agissant notamment d’outils tels que les politiques nationales et la tarification du carbone. » Une formulation vague, décevante pour le monde économique qui s’était fortement mobilisé sur la question. « Plus de mille grandes entreprises et investisseurs soutiennent la mise en place d’un prix du carbone et 450 l’utilisent déjà en interne dans leurs décisions d’investissements, contre 150 en 2014 », indique une étude de l’organisation New Climate Energy.

Que faire des énergies fossiles ?

Il paraît difficile d’écrire noir sur blanc ce qui relève pourtant de l’évidence ! Cette évidence repose sur une phrase : il faut laisser dans le sol le pétrole, le gaz et le charbon, toutes ces énergies non-renouvelables qui ont provoqué le réchauffement et dont la planète doit apprendre à se passer. Mais comment ?

L’avenir des énergies fossiles n’est justement pas mentionné dans le texte. Or, il s’agit là d’un point central du défi climatique. L’usage des énergies fossiles encore non-utilisées n’est également pas évoqué. Une récente étude, publiée par le magazine scientifique Nature, a ainsi démontré que l’objectif de maintien de 2°C de réchauffement par rapport à la période préindustrielle ne peut être atteint qu’à condition de laisser 80% des énergies fossiles restantes dans les sols. Dans la même perspective, on note l’absence de référence au développement des énergies renouvelables à l’exception de la mention suivante dans le préambule de la décision : « Considérant la nécessité de promouvoir l’accès universel à l’énergie durable dans les pays en développement, en particulier en Afrique, en renforçant le déploiement d’énergies renouvelables« .

Réduire les émissions oui ; mais quand ?

Il n’y a pas de fixation de date quant à la réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre. L’article 4 de l’Accord précise : « En vue d’atteindre l’objectif de température à long terme énoncé à l’article 2, les Parties cherchent à parvenir au plafonnement mondial des émissions de gaz à effet de serre dans les meilleurs délais (…). Dans 10 ans ? 20 ans ? 50 ans ? Faites vos choix !!!!!

Qui finançera?

Le grand public ne le soupçonne pas forcément, mais la question financière est cruciale dans les négociations climatiques. Apporter une réponse à la question « Qui va payer la note et quand ? », c’est presque déjà mettre en route un changement de civilisation au XXIe siècle. Mais oui, rien que ça ! Explication : pour que la grosse centaine de pays du Sud acceptent d’orienter leur développement économique à venir vers les énergies propres plutôt que vers le tout-fossile (pétrole, gaz, charbon), vers la plantation de forêts et le respect des écosystèmes plutôt que la déforestation et la surpêche, il est nécessaire que des projets de développement « verts » soient financés.

C’est le cas jusqu’en 2025, grâce au Fonds vert de l’ONU (100 milliards d’euros par an), qui est financé par les nations historiquement responsables du réchauffement climatique –  donc les pays développés. Mais après 2020 ? La COP21 n’a pas réussi à graver dans le marbre un système dans lequel les pays les plus riches (et peut-être d’autres dans un deuxième temps) s’engageraient tous les cinq ans à mettre la main au portefeuille. Après 2025, que se passe-t-il ?

Par ailleurs, tout un pan de financements a été oublié : celui de l’adaptation. C’est-à-dire l’ensemble des infrastructures permettant aux contrées les plus vulnérables de résister aux conséquences du réchauffement (digues pour protéger les villes des inondations, bâtiments résistants aux ouragans…). En théorie, l’adaptation est censée représenter 50% des 100 milliards du Fonds vert – histoire que les pays en développement ne perdent pas des points de PIB à se protéger de sinistres dont ils ne sont nullement responsables.

Quoi qu’il en soit

La COP21 n’a rien à envier aux autres conférences qu’il y a eu sur les changements climatiques, sinon qu’elle est la plus aboutie. Elle a ses avancées et ses limites. Elle n’a pas répondu à quelques interrogations. Sans doute faudra-t-il encore attendre, pour avoir des réponses. Déjà la COP22 se profile à Marrakech en Décembre 2016, un nouveau ballet diplomatique s’annonce donc.

Sites consultés