Interrogés par Green focus magazine dans le cadre d’une édition spéciale consacrée à la COP21, Is Deen AKAMBI, Chargé de programme Sud d’Eco-Bénin nous livre son point de vue sur cette conférence et nous éclaire sur les implications de l’ONG Eco-Bénin dans les négociations en cours.

Eco-Bénin en bref

Benin Ecotourism Concern (Eco-Bénin) est une organisation non gouvernementale (ONG) béninoise créée en 1999. Elle travaille pour la promotion de projets d’éco-tourisme et de développement local à travers le Bénin pour un développement humain responsable, équitable et solidaire.

Eco-Bénin utilise l’écotourisme comme pilier économique du développement des communautés locales, soit dans des régions où les revenus traditionnellement liés à la pêche ou à l’agriculture sont en baisse, soit dans des localités disposant d’un patrimoine naturel et culturel menacé de disparition ou mal exploité. Les activités de l’ONG visent à développer des services touristiques simples qui bénéficient avant tout aux communautés d’accueil et qui participent à la protection de leurs ressources naturelle et de leur identité culturelle (Source : ecobenin.org)

Pour quelles raisons Eco Bénin va-t-il à la COP21 ?

Eco-Bénin, est avant tout une organisation proche des communautés à la base, celles-là qui vivent les réalités du changement climatique. Il se veut alors être le « Porte-voix » de ces communautés locales qui n’arrivent pas à se faire entendre dans la question du changement climatique dont elles sont pourtant les premières victimes.

Nous faisons partie avec d’autre ONG d’un réseau international : le Réseau d’ONGs Climat et Développement. Il s’agit donc de faire « un plaidoyer climatique » en faveur de ces communautés sur la base des solutions qui marche déjà à leur niveau. L’objectif est d’influer les négociations, pas seulement sur les questions du financement mais aussi les mécanismes d’adaptation ou d’atténuation qui doivent être simplifié, comptables et qui doivent faciliter la résilience (voir La COP21 : de A à Z) des populations locales,

Porter la voix, oui mais sur quels points ?

Les sujets que nous compter aborder sont prioritairement  :

La question de pertes et dommages : Les changements climatiques, c’est beaucoup de conséquences, beaucoup de victimes, beaucoup de pertes matériels et des dommages en vie humaine. On parle des catastrophes naturelles comme les ouragans, les inondations qui vont aller crescendo. Par quel mécanisme, fait-on ou compte-t-on faire  pour prendre en charge les personnes victimes des conséquences du changement climatique?

La question des énergies renouvelables : L’accès et le développement des énergies renouvelables est nécessaire pour réguler les émissions dans un contexte où l’on parle d’atténuation des émissions. On ne peut plus s’inscrire dans le schéma classique du développement sur les énergies fossiles.

La question des solutions dans l’agriculture et de la sécurité alimentaire : Il y a des solutions qui existent comme le développement de l’agriculture paysanne et familiale, le soutien aux communautés vulnérables, aux paysans. Nous n’avons besoin de fausses bonnes solutions.

On parle de « zéro émissions net ». Cela peut encourager l’accaparement des terres et leur utilisation à grande échelle pour la production de biomasse qui stockerait le CO2. Faut-il accaparer les terres pour sauver le climat ?

On parle actuellement d’agriculture intelligente. Saisir la signification d’une telle notion n’est pas chose aisée. Est-ce une agriculture qui vient concurrencer les agricultures familiales paysannes ? Une agriculture qui encourage l’agrobusiness, qui entraine la dépendance des paysans face aux semences ou aux intrants?

La question du financement : On nous parle aujourd’hui de Fonds Vert, de Fonds d’adaptation, tout cela c’est bien, mais quelle facilité a-t-on mis en place pour permettre par exemple au Bénin de soumettre un projet dans ce cadre ? Par rapport aux financements qui sont apporté, comment arrive-t-on à les suivre ? Quelle comptabilité et quelle traçabilité ?

Accord contraignant ou non ?

Sur 194 pays, 150 ont pu rédiger leur CPDN (CONTRIBUTIONS PRÉVUES DÉTERMINÉES AU NIVEAU NATIONAL), il y a donc une volonté collective d’aller vers quelque chose de mieux que ce qu’on a eu connaitre jusque-là. Il est vrai que les négociations climatiques drainent des enjeux politiques et économiques.

Je pense pour ma part, qu’un accord à Paris, a besoin d’être contraignant sous peine d’être un instrument juridiquement faible.

Les questions qui se posent alors sont : Comment mutualiser les efforts pour y parvenir? Comment prendre en compte les intérêts des uns sans sacrifier ceux « économiques » des autres ?

Le Bénin, comme de nombreux pays africains a rédigé sa CPDN. Dans ce document, il est estimé à environ 30 milliards dollars US, les coûts de financement des mécanismes d’adaptation et d’atténuation. Que pensez-vous de cela ?

Le Bénin a fait un pas en rédigeant sa CPDN comparativement à d’autres pays. Mais cependant il faut souligner quelques insuffisances.

Au départ, il n’y a pas eu de canevas spécifique pour l’élaboration de la CPDN. Le Bénin a mis dans sa CPDN (La CPDN: Quand le Bénin se prépare pour la COP21), les questions d’adaptation et d’atténuation comme la plupart des pays africains. Par ailleurs, «  certains points abordés dans le document n’ont pas très détaillés »

Par exemple, il est dit que « Le Bénin envisage d’accroitre la capacité de séquestration du carbone de ses écosystèmes forestiers à travers la mise en œuvre des aménagements durables des forêts naturelles et le renforcement des efforts de reforestation/plantation ». Par quels mécanismes comptons-nous mettre en œuvre ses programmes de reforestation ? Le document n’en fait pas cas.

Il faut savoir que le Bénin n’étant pas forestier comme ses voisins (Cote d’Ivoire, Ghana) et ne peut pas s’inscrire dans la REDD (Réduction des émissions dues à la Déforestation et à la Dégradation) (La REDD, qu’est-ce que c’est ? )

Alors, optimiste ?

On est né pour croire.

Il y a déjà une volonté de certains pays de parvenir à un accord. Je pense qu’avec le management de la France, on peut arriver à un accord. Tout ce qu’on veut c’est qu’il s’agisse « d’un accord qui facilite le développement à la base, qui tienne compte des principes de la différenciation, et surtout un accord avec des mécanismes transparents que l’on peut suivre facilement ».

Votre mot de fin….. ?

J’admire le fait que la jeunesse s’intéresse à ces questions climatiques. Mais je pense que, au-delà des débats d’experts, et de la surmédiatisation de l’évènement, il nous faut initier et mener des actions dans nos localités auprès des communautés locales afin de pouvoir changer véritablement les choses.