Le web est devenu omniprésent dans la vie quotidienne de milliards de personnes dans le monde. Qu’on soit un nouveau ou utilisateur avéré, nous surfons tous le web, envoyons des mails, cliquons à longueur de journées sur tout ce qui est cliquable. Mais à quel prix pour l’environnement?

Le poids écologique de la toile

Envoyer un mail, transférer ou répondre à un message… Autant de banals clics qui génèrent pourtant une quantité non négligeable d’émissions de CO2. L’envoi de courrier électronique dans une entreprise de 100 personnes équivaut à quatorze allers-retours Paris – New York (13,6 tonnes de CO2) chaque année. Quant aux requêtes Internet, via un moteur de recherche, elles représentent en moyenne 9,9 kg de CO2 par an et par internaute.

Apparemment virtuel, le web inclut des équipements très concrets qui consomment beaucoup d’énergie, à commencer par les serveurs et les centres de stockage des données. Les « data centers », qui regroupent les serveurs indispensables à la navigation sur le Web et à la circulation des 300 milliards de courriels, photos ou vidéos envoyés quotidiennement, peuvent consommer autant d’énergie qu’une ville de 200 000 habitants.

Ces ordinateurs sur lesquels s’accumulent les centaines de milliers de textes, images et vidéos postés chaque jour, ont besoin de beaucoup d’électricité pour fonctionner mais aussi pour être refroidis.

« On estime qu’un data center moyen consomme autour de quatre mégawatts par heure, ce qui équivaut environ à la consommation de 3 000 foyers américains », remarquent les auteurs de La face cachée du numérique. Ces consommations génèrent d’importantes émissions de gaz à effet de serre. Car 46% de la production électrique mondiale repose sur le charbon et 23% sur le gaz. En Inde, la multiplication des centres de stockage est devenue l’un des principaux facteurs de demande en diesel, indispensable pour alimenter d’énormes groupes électrogènes.

Le poids de la toile dans la consommation énergétique mondiale pourrait paraître négligeable aux côtés de celui des transports ou du chauffage. « A l’échelle mondiale, les data centers représentent 1,5% de la consommation électrique, soit l’équivalent de la production de 30 centrales nucléaires », rappelle cependant Fabrice Flipo, co-auteur de La face cachée du numérique. L’Europe abrite environ sept millions de serveurs. Google en possède à lui seul près de 900 000. Ceux-ci sont regroupés par centaines ou milliers dans des data centers, dont le plus gros consomme autant qu’une ville de 200 000 habitants. « Avec l’essor spectaculaire du stockage en ligne, ces chiffres sont appelés à croître sans cesse, précise Fabrice Flipo. La production de données pourrait être multipliée par 50 dans le monde d’ici à 2020 ».

La fabrication, une phase très polluante

« Actuellement, les TIC représentent environ 10% de la consommation d’électricité dans le monde ». affirment Françoise Berthoud. Mais ce chiffre ne concerne que la phase d’usage. Il n’inclut pas la phase de fabrication, dont le bilan environnemental est pourtant très élevé, notamment à cause de l’extraction des minerais nécessaires. « Les analyses de cycle de vie montrent que sur les quatre étapes du cycle (fabrication, transport, utilisation, rebut), c’est la fabrication qui domine très largement dans sa contribution à l’ensemble des impacts environnementaux », soulignent les auteurs de La face cachée du numérique.

La fabrication concentre plus de 80% des impacts, selon les variables considérées (épuisement des ressources, effet de serre, destruction de la couche d’ozone, consommation d’énergie, etc.). « La pollution générée par l’extraction des matières premières et la fabrication des équipements est très importante », insiste Françoise Berthoud. Les métaux lourds et certains perturbateurs endocriniens contenus par exemple dans les retardateurs de flammes posent de sérieux problèmes de santé publique. En Chine et Thaïlande, aux Philippines ou encore au Mexique – pays où sont fabriquées cartes mères et puces –, des taux très élevés de pollution aux phtalates, solvants chlorés et métaux lourds sont enregistrés. En particulier dans les eaux de rejet.

Ailleurs, l’extraction de silicium, utilisé pour fabriquer les écrans de portables et d’iPad nécessite beaucoup d’eau, ce qui oblige les riverains des mines à s’approvisionner beaucoup plus loin. Quant aux 180 étapes parcourues par nos puces, elles sont très coûteuses en énergie. Pour une puce de 2 grammes, il faut brûler une quantité de combustibles fossiles plusieurs centaines de fois supérieure à ce poids. Rallonger la durée de vie des équipements de haute technologie, ou faire en sorte qu’ils soient réutilisés, amoindrirait leur impact environnemental.

Dérives en matière de consommation d’énergie et de ressources

La mondialisation des TIC, permettant un accès banalisé et 24h/24 depuis n’importe quel point du globe à un ensemble de ressources (données, puissance informatique), a aussi des effets pervers sur le plan de l’environnement : Selon France Télécom, une utilisation judicieuse (pour le télétravail par exemple des NTIC) permettrait de réduire de 7 % les émissions des gaz à effet de serre entre 2010 et 2020 (1/3 de l’objectif français de 20 % selon les protocoles actuels), mais en réalité :

  • l’empreinte écologique de l’informatique grandit rapidement à cause d’une consommation très importante de métaux précieux, rares ou toxiques.
  • L’empreinte carbone et énergétique augmente également dans le monde car il se vend de plus en plus de terminaux informatiques (ordinateurs, smartphone, tablettes, etc.). Ainsi pour certains matériels qu’un gaspillage énergétique (ex : veille, ou absence d’extinction automatique).

D’après une étude publiée lors du colloque Colloque EJC – ICT 2012, les « Technologies de l’Information et de la Communication – émettent autant de CO2 (2 % à 5 % des émissions globales annuelles, selon les pays) que l’industrie aéronautique tout en affichant une croissance de 20 % par an ». Selon un rapport Votre cloud est-il Net? (avril 2012), « Certains centres de traitement des données consomment autant d’électricité que 250 000 foyers européens. Si le cloud était un pays, il se classerait au 5e rang mondial pour la demande en électricité, et ses besoins devraient être multipliés par trois d’ici à 2020 » .

L’empreinte environnementale des TIC est très importante, puisqu’elles nécessitent pour leur fabrication une très grande quantité de matériaux, en particulier de métaux. Le nombre de métaux de la table de Mendeleïev sollicités pat la fabrication des TIC est ainsi passé de 10 dans les années 1980 à 60 dans les années 2010. Pendant cette période, la demande de l’industrie des TIC en métaux a triplé. Le PNUE a publié en 2013 la composition d’un ordinateur personnel fixe, et l’Öko Institute a fait une étude équivalente en 2012 pour les ordinateurs portables .

Références
  • http://www.greenit.fr/article/materiel/24-fois-plus-de-co2-lors-de-la-fabrication-dun-ordinateur-que-lors-de-son-utilisation
  • http://www.greenit.fr/article/bonnes-pratiques/comment-reduire-l-empreinte-environnementale-du-web-5501
  • http://e-rse.net/empreinte-carbone-internet-green-it-infographie-12352/
  • https://fr.wikipedia.org/wiki/Technologies_de_l%27information_et_de_la_communication
  • http://www.bastamag.net/Numerique-cette-empreinte